Cap sur le Faubourg Méditerranée : berceau du Street Art

A droite, le portrait de Mérè, dame du quartier, représentée par l'artiste SWED. A gauche, une œuvre de l’artiste ARKANE.
Crédit photo : Kloé Marin
Le petit quartier populaire de la Méditerranée de Montpellier s’est transformé à mesure que les œuvres de Street Art ont fleuri sur ses façades. Qu’importe les gens, qu’importe le temps, l’art est présent. Partout, constamment, il est en perpétuel renouvellement. Le Street Art à Montpellier a encore de belles aubes devant ses murs.
Nina est une vagabonde. Elle arpente le quartier à la recherche de nouveaux collages, de nouvelles œuvres. Elle organise des visites guidées, avec l’association LineUP, pendant lesquelles elle raconte aux amateurs ou passionnés de Street Art l’histoire de ces œuvres murales. Parfois émouvantes, engagées ou dérangeantes, mais toujours poétiques, ces œuvres ont bousculé le quartier. Il a été transformé en une véritable galerie du Street Art à ciel ouvert, et un territoire d’effervescence artistique. Nina transporte, par ses pas et ses paroles, ses visiteurs à travers les rues où se mêlent les odeurs du café de l’après-midi et celle des pots d’échappement. Malgré les bruits de klaxon ambulants, tous l’écoutent attentivement. Elle insiste sur sa passion pour le Street Art : « Au musée, on s’attend à voir des œuvres. Dans le quartier, on sort un matin et paf, un nouveau collage. Ça émeut. Ça surprend. Certaines personnes n’osent pas aller dans les galeries, par peur de ne pas être assez chic, de ne pas avoir les codes… La rue, c’est pour tout le monde. » Elle transmet également son amour pour ce quartier « Il regorge de belles choses à découvrir, mais également de rencontres. Voir les artistes peindre, c’est toujours un beau moment ».
Un quartier solidaire, des habitants unis par l’art

Artiste : AD ED. Crédit photo : Kloé Marin Dans le faubourg, c’est Françoise, retraitée passionnée de Street Art, qui met en lien les habitants aux artistes. « La plupart du temps, les propriétaires font appel aux artistes afin d’inscrire quelque chose de joli sur leur façade car quand c’est une belle œuvre, ça n’est pas tagué. », explique Nina. En déambulant dans les rues méditerranéennes, la vagabonde conte les anecdotes cachées derrière les œuvres, comme celle du bateau David : « l’artiste projette un monde dans lequel on pourrait aider les personnes qui traversent la Méditerranée sur un rafiot ridicule, c’est une œuvre intemporelle ».

Le message de l’artiste Sunra, Street Art le plus connu de Montpellier : montrer que l’amour combat la haine, après que son œuvre d’art illustrant la demande en mariage d’une femme à une autre ait été sabotée. « Le Street Art est visible de tous, et également des gens que ça dérange. On le voit avec les collages féministes, qui sont presque instantanément abîmés ».
Artiste : SUNRA. Crédit Photo : Kloé Marin

Cet art fait souvent écho à l’actualité : il dénonce, choque, interroge. Parmi les œuvres qui animent les murs, Nina s’arrête devant celle qui représente la transidentité. Au milieu de ces deux visages, un masculin et un féminin, il y a un bûcher. « A l’époque, toutes les personnes qui dérangeaient étaient brûlées. »
Artiste : AL. Crédit photo : Kloé Marin

Elle raconte également comment la mise en place du trompe l’œil, réalisé pendant l’été 2023, a bouleversé le faubourg : « Dans ces années-là, le quartier n’était pas très sympa, il y avait des tas de détritus à chaque angle de rue, des dealeurs. La ville s’est dit qu’il fallait changer quelque chose, elle a donc commandé la fresque. Le propriétaire avait une demande : que son petit-fils soit représenté. » En effet, on peut voir les habitants illustrés sur le trompe-l’œil. « Un chat bien connu, un groupe de jeunes ayant passé l’été en terrasse, le papi qui donne à manger aux pigeons… »
Une partie du trompe l'oeil. Crédit Photo : Kloé Marin
Selon Nina, « ces belles œuvres d’art ont donné envie d’entretenir le reste. Le quartier s’est embelli, il est devenu fleuri, et fourni d’histoire ». Elle quitte ses visiteurs d’une heure sur ces mots : « Soyez curieux ! Et levez les yeux. »
« Il y a eu un réel basculement dans l’univers Street Art de Montpellier lorsque l’artiste Zoka est décédé en 2007, en tentant d’échapper à la police alors qu’il peignait sur un toit. Ca changé beaucoup de choses pour les artistes. Les graffeurs le respectent, même s’ils n’ont pas pu le connaître. La mairie a fini par accorder le quartier du Verdanson. Ils ont eu du temps et de l’espace pour faire ce qu’ils voulaient, travailler leur trait, leur technique etc. Le décès tragique de Zoka a déclenché une bonne chose », exprime Nina, émue. |




Commentaires