Danse : quand le genre valse et tangue
L’histoire de la danse classique a souvent laissé l’inclusion en coulisse. Les salles de danse sont peuplées de petites filles, mais pour autant, au sommet de la pyramide : des hommes. Au cœur du ballet, les questions de genre virevoltent entre évolution et tradition.

Pourtant, au XVe siècle, les prémisses de l’histoire du ballet sont façonnés par les hommes : ce sont eux les chorégraphes, et ce sont eux qui dansent. Les femmes étant plutôt conviées à regarder, éventail en main et ragots de la cour en bouche. Mais peu à peu, le ballet s’est féminisé et les critiques se sont faites de plus en plus sévères envers les hommes danseurs : si au XVe siècle ils acquéraient de la prestance en dansant, à partir du XVIIe, ils sont surtout considérés comme ridicules. On attribue alors à la danse classique des qualités dîtes « féminines » : élégance, finesse, douceur...
Aujourd’hui, sur la scène de l’Opéra de Paris, les hommes et les femmes sont présents de façon équilibrée, du moins en nombre. Mais le genre étant une construction, un processus historique, culturel et social complexe, l’univers du ballet, n’y a – clairement – pas échappé. Et les normes de genre vont souvent de paire avec l’invisibilisation des femmes dans l’histoire. Alors que l’on compte très souvent une écrasante majorité de petites ballerines dans les cours, et que le corps professoral est plutôt paritaire, les hommes chorégraphes sont toujours davantage mis en avant que les femmes. Pour les Inrockuptibles, Philippe Noisette écrit que l’Opéra de Paris affiche « essentiellement des chorégraphes masculins tout au long de l’année mis à part l’entrée au répertoire en 2024 du Barbe Bleue de Pina Bausch », ainsi que « 12 CCN sur 19 en France sont dirigés par des chorégraphes hommes ». Le monde de la danse s’illustre par une étrange pyramide donc, dont la parité n’est pas le maître mot.
Chacun son genre, chacun son rôle, mais un art plus inclusif
Dans cette petite société que constitue le ballet, la binarité de genre, couplée à un manque de diversité raciale, ethnique ou morphologique, est ancrée. Sur scène, en cours, dans les vestiaires : chacun sa place, chacun son rôle. C’est un type de danse exigeant et très codifié, et le dress code qui s’y attache l’est également : justaucorps échancrés ou tutus plateaux pour les femmes, et legging noir et t-shirt blanc pour les hommes, ou bien des costumes aux couleurs sobres. Elles dansent sur pointes et sont portées, ils sautent hauts et doivent porter. Nicholas, diplômé de l’École supérieure de ballet du Québec en 2014 affirme, dans l’article Débinariser la danse du média Le Devoir, que « Quand tu vas voir les Grands Ballets canadiens, tu ne vois pas de rôles non binaires, tu ne vois jamais un duo d’hommes ou de femmes ».
Tant de règles qui aujourd’hui commencent enfin à s’entrelacer. La danse est un art qui se doit d’évoluer au rythme de la société, et l’inclusion prend peu à peu sa place sur scène. Levé de rideau sur de nouvelles représentations : des collants ou des pointes adaptées à toutes les carnations par exemple. Vendredi 10 mars 2023, Guillaume Diop, du haut de ses 23 ans, a été le premier danseur noir de l’Opéra de Paris.
Les choses avancent certes, mais attention, pas plus vite que la musique...




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