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Génération perdante

  • kloemarin
  • 14 mars 2023
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 févr. 2024

L’injustice, un sentiment récurrent chez les manifestants nés entre 1965 et 1966. Et pour cause, ces personnes seront directement impactées par cette réforme des retraites. Tout comme les femmes, désavantagées par des carrières souvent hachées et à temps partiel.



A court terme, ce sont les salariés du régime général nés entre le 1er septembre 1961 et le début 1973 qui vont connaître les effets à la fois du recul de l’âge de la retraite et de l’accélération de la loi Touraine, celle qui allonge la durée de cotisation. On va vers une augmentation progressive du nombre de trimestres qui arrivera plus vite que prévu. Les salariés nés dans la fourchette concernée devront donc cotiser entre un et trois trimestres de plus que prévu. Concernant ceux nés en 1966 par exemple, ils pourront partir à la retraite à 63 ans et 6 mois en 2029 ou 2030. Avant la réforme, il aurait fallu pour cela cotiser durant 169 trimestres. Cette réforme fait passer ce nombre à 172 : trois trimestres de plus pour pouvoir accéder à la retraite. Loi Touraine : la réforme Touraine, du nom de la ministre des Affaires sociales qui l’a mise en place sous le quinquennat Hollande, est entrée en vigueur en 2020 après avoir été votée en 2014.


Concrètement, depuis la loi Touraine, la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein devait augmenter d’un trimestre tous les trois ans. Premières à avoir été concernées en 2020, les générations nées entre 1958 et 1960, qui devaient cotiser 167 trimestres (soit 41 ans et 9 mois). Devaient suivre en 2023 celles nées entre 1961 et 1963 (168 trimestres), puis celles nées entre 1964 et 1965 (169 trimestres), etc. L’objectif était d’atteindre 172 trimestres en 2035, soit 43 années de cotisation pour les Français ayant vu le jour en 1973.


Christophe est de cette génération de “grands perdants”. Né en 1967, il fait partie de la Fédération des travailleurs de la métallurgie, et œuvre dans le secteur des ascenseurs et escaliers mécaniques. Ils dit « être là pour empêcher ce projet de passer, parce qu’il est injuste et qu’on n’a pas envie de finir aussi tard de travailler. Dans les ascenseurs à 65 ans, ce serait trop compliqué physiquement. On va se faire mal, il va y avoir des accidents… On ne vient pas manifester par gaieté de cœur, mais quand on n'a plus le choix, il faut y aller. » Pour ces femmes et ces hommes des métiers manuels, les dangers d’un tel régime sur la santé existent bel et bien. Les dernières années de travail sont souvent rythmées par les douleurs et la maladie, en ajoutant l’angoisse de ces années de cotisation en plus.


Femmes et retraites, un long combat inégalitaire


La réforme sera également particulièrement défavorable aux femmes. Pour cause, en 2022, elles ont gagné 15,8 % de moins que les hommes. Des carrières souvent interrompues et à temps partiel s’ajoutent à ce déséquilibre considérable, qui ne leur permet pas de cotiser autant que les hommes. Le système leur est inégalitaire pendant qu’elle travaille, mais aussi une fois à la retraite. 37% des femmes retraitées et 15% des hommes touchent moins de 1000€ en pension brute.


Marie, 46 ans, animatrice commerciale à temps partiel, sait qu’elle n’aura pas de retraite. “J’ai commencé le travail tard. J’étais femme au foyer pendant longtemps pour m’occuper de mes enfants. Ce n’est pas que je regrette mais vu comment je suis épuisée, je ne suis pas sûre de tenir jusqu’à 64 ans” explique la quadragénaire, tout en gardant son sourire. Si elle n’a pas pu se rendre aux principales mobilisations à Paris, elle ne cache pas son soutien aux manifestantes : “Nous sommes trop défavorisées dans la société, alors j’espère vraiment que le gouvernement entendra nos voix, surtout celle des femmes pour arrêter leur réforme des retraites” implore Marie.


Tout comme Marie, Natacha 27 ans, “soutient les Français mais surtout les femmes qui sont dans ma situation ou bien le seront bientôt". Nouvelle dans une entreprise en tant que chargée de formation, elle souhaite avant tout “offrir un avenir à mon enfant dans mon ventre”. Si la future maman n’aura pas le choix de prendre son congé maternité, elle est dubitative sur le congé parental “je vais réfléchir à deux doigts avant de prendre mon congé parental”. Pour elle, “prendre ce congé c’est perdre non seulement une partie de mon salaire mais c’est surtout que je ne cotise pas assez”. Selon Morgane, “forcément les femmes prennent des congés, elles font des pauses dans leur carrière pour prendre soin de leurs enfants et surtout profiter au maximum. Notre carrière n’est pas complète et c’est difficile à accepter”. Elle ne comprend pas pourquoi “on doit payer le fait de sacrifier une partie de notre retraite alors qu’on s’occupe de nos enfants, un travail énorme”.


Pour Lucie, travailleuse handicapée, c’est l’inquiétude et un sentiment d’injustice qui priment : « À cause de cette maladie qui m’est tombée dessus, que je n’ai pas choisie, j’ai une fatigue chronique qui m’oblige à travailler à temps partiel, à avoir une carrière hachée et à arrêter de façon précoce. C’est dur de se dire qu’on ne peut pas être payée correctement à cause de tout ça. Je suis là pour porter la parole des gens qui sont comme moi, et montrer que même quand le handicap n’est pas visible, il se ressent au quotidien ». Pour réformer de façon égalitaire et permettre à plus de la moitié de la population de ne pas subir ce long combat discriminatoire, il faudrait au contraire abaisser le temps de travail afin de permettre aux femmes comme aux hommes de pouvoir s’occuper des enfants, revenir à la prise en compte des meilleures années pour le calcul de la retraite, ainsi que lutter contre le sous-emploi des femmes, les temps partiels et la précarité, et mettre en place un service public de la petite enfance pour permettre aux femmes de continuer à travailler.


Bien d’enjeux féministes pas encore assez pris au sérieux, malgré ce qui devait être “la grande cause du quinquennat”.

 
 
 

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