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Franck Nicolas : la musique solaire contre le monde matériel

kloemarin
8 mars 2023
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 févr. 2024



« Les découvertes, c’est comme la tarte tatin, ça se fait au hasard. » A l’image de son modèle Miles Davis, le trompettiste et compositeur guadeloupéen Franck Nicolas aime créer des nouveaux concepts, inventer des nouveaux rythmes. L’amoureux de la mer et du soleil vient tout juste de sortir son nouvel album, intitulé Kompa Jazz, dont chaque sonorité est toujours imprégnée de spiritualité.


A 30 ans, au détour d’un séjour à New York, Franck Nicolas a créé le Jazz Ka. Il a mélangé au rythme de jazz des mélodies traditionnelles venues de sa patrie, à laquelle il est très attaché : la Guadeloupe. Tout sourire lorsqu’il dégaine sa trompette, personnalisée d’un « KA », en référence à ce fameux tambour rythmique guadeloupéen qui a coloré son jazz, il dit de toute évidence : « Cet instrument, c’est le prolongement de mon bras. » Ce qui l’anime, c’est de créer de la musique solaire, en fonction de ce qu’il ressent, et ce malgré les avis de certains amis qui lui affirmaient que « ta musique, elle sera connue dans 200 ans ». S’il affirme que « faire de la musique pour plaire, ce n’est pas [sa] philosophie », il n’en reste pas moins dans une forte volonté de partage : « Il n’y a rien de plus beau que de voir quand les gens sont émus ». Il court après l’émotion. Le message est clair derrière ses musiques instrumentales : « La vibration la plus importante, c’est l’amour ».


S’engager en tant qu’artiste antillais, une priorité


« Il fallait faire un truc choc, énorme ». Pour dénoncer les discriminations dont sont victimes, selon lui, les artistes antillais, Franck Nicolas a accompli une grève de la faim d’un mois et demi en 2018. Il a senti son cœur vaciller à plusieurs reprises, mais il a continué, motivé à lutter contre l’injustice : « On ne m’invite pas dans les festivals. C’est dommage, parce que les gens adorent. » A la clé de cette période difficile : sa renaissance. Touché, il se souvient de son retour aux Antilles : « On m’a accueilli comme un héros. Les médias ont commencé à en parler, car ils se sont rendu compte que d’autres artistes antillais ressentaient la même chose. » Tout cela l’a dépassé : « Je ne m’attendais pas à autant de soutien. » Kompa Jazz, son nouvel album « parle de racisme » et s’ouvre sur une composition qui prouve elle aussi son engagement important, puisqu’elle est dédiée à George Floyd, homme afro-américain mort des suites de violences policières : rendre hommage, « c’est un moyen de créer une passerelle entre le monde visible et le monde invisible ».


Coquillages et Jazz d’été


Tout ramène Franck Nicolas à la saison ensoleillée. Il revêt un air rêveur lorsqu’il aborde ses lieux préférés, qui le ramènent en enfance : la plage de Sainte-Anne, en Guadeloupe, et celle de la Grande-Motte. Arrivé à Montpellier pour ses études de musicologie, il y est resté pour sa passion : la mer. Le trompettiste est également joueur de coquillages : « Je considère qu’ils viennent de l’espace. » Bercé par une spiritualité sans faille, ils sont selon lui le « témoignage de l’humanité » et « permettent la communication avec le divin ». Après avoir enseigné la trompette pendant trente ans, il pense faire part de la méthode coquillage aux Antilles, et parce que la transmission est sa vocation, il voudrait partager cette « sensation d’entrer dans un autre monde grâce à ces instruments ».

Le partage, la « communion entre des êtres humains pour créer une œuvre », c’est ce qui lui donne le plus de bonheur. Souriant, il ose affirmer : « La musique qui me fait le plus de bien, c’est la mienne. »

 
 
 

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