Retraites : la détresse ouvrière face à l’indifférence des puissants
Dernière mise à jour : 17 févr. 2023

Le syndicat Force Ouvrière en tête du cortège (Crédit Photo : Kloé Marin)
L’injustice. Voilà un sentiment que partagent les ouvriers et les grandes organisations syndicales de Montpellier face à une réforme des retraites qu’ils jugent antisociale. Un cortège de 30 000 personnes, selon la CGT, a défilé dans les rues du centre-ville de la capitale héraultaise en ce mardi 31 janvier, pour un deuxième jour de mobilisation, largement plus massive que la première.
Avant 10 heures trente déjà, sous un temps ensoleillé, la manifestation se prépare à Montpellier. On s’arme d’appareils photos et de mégaphones, on prépare pancartes et fumigènes, et sur le camion de tête de la CGT, les musiciens syndicalistes installent les sonos. A 11 heures, c’est le départ du cortège. Chants et slogans fusent. Retraités, étudiants, chômeurs et salariés, tous marchent côte-à-côte pour protester. En tête de file : le syndicat Force Ouvrière. Ghislaine, déjà retraitée, porte fièrement un autocollant jaune sur son manteau : « En FOrce pour nos retraites ». Elle dit assister au rassemblement en soutien « pour les personnes ne pouvant pas se rendre en manifestation, par solidarité, mais aussi pour mon pouvoir d’achat et contre Macron et ses réformes ».
Une gaieté apparente, une colère générale

Le cortège avance, à la lueur des fumigènes (Crédit Photo : Kloé Marin) Les chansons contre Macron vont bon train et le slogan « Anticapitaliste » résonne dans les rues. Parmi les drapeaux, les pancartes et les tambours, on peut apercevoir des retrouvailles entre des vieux amis, des lycéens souriants, des militants rassemblés, sans violence, et des messages d’espoir malgré une détresse non dissimulée : « Descendons dans la rue avant que tout ne soit perdu ». L’ambiance n’est pas légère pour autant, tous sont préoccupés par les mêmes causes et ne cessent d’avancer pour dénoncer les mêmes inégalités. Les ouvriers se déclarent motivés, ça n’est pas un choix de venir manifester, c’est leur place. Stéphane et ses collègues font partie de la Fédération des travailleurs de la métallurgie, et œuvrent dans le secteur des ascenseurs et escaliers mécaniques. Ils disent « être là pour empêcher ce projet de passer, parce qu’il est injuste et qu’on n’a pas envie de finir aussi tard à travailler. Dans les ascenseurs à 65 ans, ce serait trop compliqué physiquement. On va se faire mal, il va y avoir des accidents… On ne vient pas manifester par gaieté de cœur, mais quand on plus le choix, il faut y aller. » Pour ces femmes et ces hommes des métiers manuels, les dangers d’un tel régime sur la santé existent bel et bien. Les dernières années de travail sont souvent rythmées par les douleurs et la maladie. C’est une inquiétude que partage Gaëlle, travailleuse handicapée.

Le slogan de Gaëlle, travailleuse handicapée (Crédit Photo : Kloé Marin) « A cause de cette maladie qui m’est tombée dessus, que je n’ai pas choisie, j’ai une fatigue chronique qui m’oblige à travailler à temps partiel, à avoir une carrière hachée et à arrêter de façon précoce. C’est dur de se dire qu’on ne peut pas être payée correctement à cause de tout ça. Je suis là pour porter la parole des gens qui sont comme moi, et montrer que même quand le handicap n’est pas visible, il se ressent au quotidien ».
Olivier, facteur d’une trentaine d’années, dénonce également un système injuste : « On sait qu’une bonne portion des ouvriers sont morts avant 64 ans, donc ils cotisent toute leur vie pour ne même pas toucher leur retraite. Donc si on rallonge le temps de cotisation… Je pense que ça n’est pas juste, surtout que l’argent, on peut le trouver ailleurs ».
Le gouvernement accusé de « cacher la misère »

Crédit Photo : Kloé Marin Un argument de taille contre cette réforme est entendu à plusieurs reprises dans le cortège. Celui des « autres urgences » plus importantes que le faible déficit des caisses de retraites à combler. On peut apercevoir parmi les pancartes levées, des slogans chocs sur l’urgence climatique : « Si on crame la planète, pas besoin de m’inquiéter pour ma retraite », « On veut la retraite avant la fin du monde, pas l’inverse » ou encore « Sans planète, pas de retraite ». Patrick fait partie du Syndicat National de l’Environnement et est contre le projet de réforme du gouvernement qui, selon lui, « pénalise tout le monde. Le dérèglement climatique, la lutte contre l’effondrement de la biodiversité, c’est plus urgent. Et ça a bien plus d’ampleur que de s’amuser à foutre le bordel sur les retraites ». Les motivations mêmes de la réforme lui semblent dérisoires : « Tous les éléments dont on dispose montrent que le prétexte est fallacieux, et qu’il n’y a pas de vrai problème. Pour peu qu’on touche à d’autres pistes économiques, ça n’est pas un sujet. »
Les ultra-riches sont également la cible de pancartes évocatrices. Tuer les plus précaires à petit feu, discriminer les femmes, les minorités, pour renflouer les caisses, sans considérer l’opinion de la population. Voilà les failles d’un système que dénoncent les militants de cette journée de manifestation, ouvrière notamment.




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